Voir le nodule pour mieux le diagnostiquer : l’apport de l’Iriscope au CHL

Voir le nodule pour mieux le diagnostiquer : l’apport de l’Iriscope au CHL

Au CHL, l’association de la sonde radiaire et de l’Iriscope permettra prochainement une visualisation macroscopique directe des lésions  pulmonaires périphériques et apportera une information complémentaire pour guider la stratégie diagnostique et thérapeutique.

Avec le développement du dépistage du cancer du poumon par scanner thoracique low dose, les pneumologues sont confrontés à la découverte d’un nombre croissant de nodules pulmonaires, notamment de très petite taille. Souvent situées en périphérie de l’arbre bronchique, ces lésions restent difficiles, voire inaccessibles, par une fibroscopie bronchique conventionnelle.

Même lorsque le nodule est accessible, une autre difficulté persiste : la quantité de tissu obtenue lors des biopsies est parfois extrêmement petite, pouvant conduire à des résultats anatomopathologiques négatifs ou insuffisamment contributifs.

Pour pallier à ces limites, la pneumologie interventionnelle explore de nouvelles stratégies permettant d’accéder aux lésions périphériques tout en améliorant leur caractérisation. Au CHL, une nouvelle approche combinera prochainement deux technologies complémentaires : la sonde radiaire et l’Iriscope. Cette association ouvre une nouvelle perspective diagnostique en permettant, après la localisation du nodule, d’obtenir une visualisation directe de la lésion.

Photo de la sonde iriscope

De la localisation à la visualisation directe du nodule

La première étape repose sur l’utilisation d’une sonde radiaire, une mini-sonde d’échographie capable de fournir une image circulaire à 360° de son environnement, déjà disponible au CHL depuis 2023. Elle permet ainsi de confirmer avec précision le bon positionnement de l’endoscope au contact du nodule ciblé.

Une fois cette localisation obtenue, la sonde est retirée tout en conservant un guide en place. L’Iriscope, la plus petite sonde vidéoendoscopique du monde, est ensuite introduite jusqu’à la lésion.  Cette caméra, dont le diamètre est plus petit que celui d’un spaghetti (1.3 mm), permet une visualisation macroscopique directe des bronches au contact du nodule pulmonaire exploré.

Cette possibilité constitue un apport majeur dans la démarche diagnostique. Jusqu’à présent, le pneumologue disposait principalement des données d’imagerie et de l’analyse des prélèvements. L’Iriscope apporte désormais une information supplémentaire : l’aspect visuel de la lésion elle-même. 

« Cette technique nous permet d’orienter plus rapidement le patient grâce à l’analyse de l’aspect visuel des lésions. Certains aspects macroscopiques sont particulièrement évocateurs d’une origine cancéreuse, notamment l’aspect dit de "chair de poisson", caractérisé par une lésion d’aspect solide, blanchâtre à gris pâle, homogène. Ces éléments nous aident à anticiper la stratégie thérapeutique la plus adaptée pour chaque patient — chirurgie, radiothérapie ou surveillance active, en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP) », explique le Dr Marina Nguenang, pneumologue au CHL.

Un autre avantage de l’iriscope est d’aider dans le choix de l’outil de prélèvement, en fonction de l’aspect de la lésion, ceci participe également à augmenter la rentabilité diagnostique.

Au-delà de son intérêt diagnostique, cette observation directe peut également contribuer à limiter certains gestes invasifs lorsque l’aspect macroscopique est clairement en faveur d’une lésion bénigne.

« Dans certaines situations, cette approche peut permettre d’éviter des biopsies supplémentaires, qui ne sont jamais totalement dénuées de risques », précise le Dr Nguenang.

Photo de l'Iriscope

En pratique : comment fonctionne l’association sonde radiaire–Iriscope ?

  • Planifier le trajet à partir du scanner thoracique grâce à un logiciel de planification. Avant l’intervention, le scanner thoracique est analysé afin d’identifier précisément le nodule et d’évaluer son accessibilité par les voies aériennes. Une reconstruction tridimensionnelle de l’arbre bronchique permet de planifier le trajet jusqu’à la lésion.
  • Localiser le nodule avec la sonde radiaire. Au cours de la bronchoscopie, le pneumologue progresse dans l’arbre bronchique jusqu’à la zone ciblée. La sonde radiaire, une mini-sonde échographique, confirme la présence du nodule grâce à une image circulaire à 360°.
  • Observer la lésion avec l’Iriscope. Une fois le nodule localisé, la sonde radiaire est retirée et remplacée par l’Iriscope. Cette micro-caméra permet d’obtenir une visualisation directe de l’aspect macroscopique de la lésion avant la réalisation des biopsies.
  • Intégrer ces informations dans la prise en charge du patient. Les données du scanner, la localisation échographique, l’aspect macroscopique de la lésion et les résultats anatomopathologiques sont analysés conjointement afin d’orienter de proposer la stratégie diagnostique et thérapeutique la plus adaptée lors des discussions multidisciplinaires.
Photo d'une image prise avec l'Iriscope

Une procédure avec un profil de sécurité favorable 

L’examen dure généralement entre 45 à 60 minutes. Il est réalisé sous anesthésie générale afin de garantir l’immobilité du patient pendant les prélèvements.

Son profil de sécurité est satisfaisant. L’iriscope n’a pas montré de complication spécifique d’après les premières études. Son utilisation couplée à la sonde radiaire est donc comparable à l’utilisation de la sonde radiaire seule en termes de complications notamment de pneumothorax et de saignement, qui restent des évènements très rares. 

Photo du Dr Nguenang réalisant l'examen

Une technologie réservée à des patients sélectionnés

Cette approche innovante ne peut toutefois pas être proposée à tous les patients. Son efficacité dépend principalement de l’accessibilité du nodule. Pour atteindre la lésion, il est nécessaire qu’une bronche mène directement à celle-ci, ce que les pneumologues appellent le « signe de la bronche ».

Chaque intervention fait donc l’objet d’une planification endobronchique minutieuse à partir du scanner thoracique low dose en coupes millimétriques. Grâce à un logiciel de reconstruction tridimensionnelle de l’arbre bronchique, tel que Synapse® 3D utilisé au CHL, le pneumologue établit une cartographie précise des bronches.

Cette modélisation, comparable à un GPS, mais sans contrôle en temps réel, permet de définir le trajet optimal jusqu’à la cible et d’identifier les patients susceptibles de bénéficier de cette technique.

Photo de la sonde d'Iriscope

Une expertise construite progressivement

Comme toute innovation, l’utilisation de l’Iriscope nécessite une phase d’apprentissage et le développement d’une expertise spécifique.

Afin de maîtriser cette technologie, l’équipe du CHL, le Dr Marina Nguenang et deux infirmiers, Madame Martine Schmit et Monsieur Mathieu Feller, s’est formée au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Rouen, un des centres français reconnus pour le développement et l'évaluation de nouvelles technologies destinées au diagnostic des nodules pulmonaires périphériques, auprès du Professeur Samy Lachkar.

Après une première formation en 2023, une session complémentaire a été réalisée en mars 2026 pour perfectionner l’utilisation de la sonde radiaire et introduire l’Iriscope dans la pratique. Le dispositif a ensuite été introduit au CHL dans le cadre d’une phase d’évaluation clinique de trois mois, réalisée auprès d’une dizaine de patients, grâce à un prêt de la société Lys Medical. Des démarches sont actuellement engagées par le service de pneumologie afin d’intégrer prochainement ce dispositif au sein de son parc endoscopique.

Photo de l'équipe réalisant l'examen

En conclusion,

À travers le projet d’intégration de l’Iriscope au sein de son arsenal diagnostique, le CHL poursuit le développement de son expertise dans l’exploration des nodules pulmonaires périphériques. Cette technologie innovante, en permettant une visualisation directe de la lésion, pourrait apporter une information complémentaire précieuse aux données d’imagerie et aux prélèvements, contribuant ainsi à affiner la caractérisation des nodules et à optimiser la prise en charge des patients.

Photo d'une image prise avec l'Iriscope