La recherche autour des allergies

Confronté à ce qu’il ressent comme une substance dangereuse, le système immunitaire d’une personne sensibilisée à un allergène déclenche une réaction parfois violente : l’allergie. La prévalence du nombre de personnes allergiques dans le monde a très fortement augmenté ces 20 dernières années et on estime que 25 à 30% de la population des pays industrialisés est concernée par une maladie allergique, 4 à 8% par une allergie alimentaire. Au CHL, le Dr Martine Morisset et son équipe, en collaboration avec les chercheurs du Luxembourg Institute of Health, ne se contentent pas de diagnostiquer les allergies, mais cherchent aussi les moyens de les guérir. Ils développent leurs recherches dans deux directions :

  • La découverte de nouveaux allergènes et leur caractérisation : quelle est la substance à laquelle réagira tel ou tel patient allergique, dans quelles circonstances, que risque-t-il de se passer ?
  • La compréhension des mécanismes de la désensibilisation à certaines allergies : depuis plus d’un siècle, les médecins sont capables de désensibiliser certains patients à certains allergènes. Toutefois, le résultat de la désensibilisation n’est jamais prévisible à 100%, et le mécanisme de la désensibilisation n’est pas encore connu dans toute sa finesse et ses détails.

De la découverte de nouveaux allergènes…

  • Allergie au poisson… et au poulet ? Projet « animal allergens »

Après avoir travaillé pendant plusieurs années sur les allergènes de poisson et de poulet et les allergies croisées au poisson, l’équipe des allergo-immunologues du CHL, en collaboration avec les chercheurs du Luxembourg Institute of Health se sont demandé s’il était possible que des patients allergiques à certaines protéines de poisson développent aussi une allergie au poulet.  L’étude a été proposée à des patients allergiques au poisson et au poulet ou uniquement au poulet. Grâce aux tests et analyses effectués sur les échantillons de sang de ces patients, les équipes ont pu identifier deux nouveaux allergènes, se retrouvant à la fois chez les patients allergiques au poisson et chez les patients allergiques au poulet. Ceci leur a permis de conclure que les personnes allergiques au poisson sont plus susceptibles de développer une allergie croisée au poulet.

  • Allergie aux légumineuses et/ou aux arachides… et aux protéines de pois ? Projet « protéines de pois »

Identifiant chez des patients diagnostiqués allergiques aux légumineuses (pois, lentille, soja, lupin) ou à l’arachide une sensibilisation particulière aux protéines de pois, le Dr Fanny Codreanu-Morel et l’équipe du CHL se questionnent sur le risque allergique réel de ces protéines, utilisées comme ingrédient alimentaire dans les viandes reconstituées (hamburgers, boulettes de viande…), dans les saucisses, le surimi ou les aliments sans gluten. Les protéines de pois ne sont pas caractérisées pour l’instant comme des allergènes à déclaration obligatoire d’étiquetage et le risque de réaction allergique de cet ingrédient est inconnu. En proposant à leurs patients de réaliser des tests de provocation orale (consommation progressive d’ingrédients contenant des protéines de pois, sous surveillance médicale en hospitalisation), les médecins du CHL évaluent précisément le risque allergique et identifieront les allergènes de la protéine de pois.


Aux mécanismes de la désensibilisation par immunothérapie

  • Efficacité de l’immunothérapie aux fruits à coque ou à l’arachide: Projet ORONUSS

L’arachide et les fruits à coque sont responsables d’allergies très graves, parfois mortelles. Les chances de guérison naturelle sont très faibles, obligeant les patients à suivre des régimes d’éviction très stricts et à se munir en permanence d’une trousse d’urgence avec stylo d’adrénaline auto injectable, ce qui a un impact durable sur leur qualité de vie et celle de leur entourage. Si, à ce jour, aucun traitement validé n’existe, des approches prometteuses d’immunothérapie orale sont explorées par l’équipe du Dr Morisset au CHL. L’immunothérapie consiste à ingérer des doses au départ minimes puis croissantes d’allergènes (arachide ou autre fruit à coque). Dans le cas d’ORONUSS, les médecins du CHL et les chercheurs du LIH veulent déterminer le temps nécessaire pour une immunothérapie orale efficace, et en évaluer la persistance et l’efficacité à long terme. Pour les 80 patients qui ont participé à l’étude pour l’instant, les résultats sont très encourageants, avec une augmentation significative des doses tolérées et parfois une guérison de l’allergie. Une deuxième phase du projet est prévue, avec l’objectif de comprendre les mécanismes à l’œuvre lors de l’immunothérapie orale et de mieux en prédire l’efficacité.

  • Efficacité de l’immunothérapie au pollen et au venin d’abeille ou de guêpe: Projet SYST-ACT

Lancé en 2016, en collaboration avec le LIH et le LCSB, le projet SYST-Act se base sur l’étude de l’immunothérapie sous-cutanée de patients allergiques aux pollens et aux hyménoptères. L’objectif est de mieux comprendre ce qui se passe dans l’organisme de personnes allergiques lorsqu’elles sont traitées en immunothérapie. Cette meilleure compréhension permettra une meilleure prédiction de la manière dont un patient pourrait réagir au traitement, et une adaptation des doses d’allergènes à prescrire. Le projet est dans une phase pilote pour l’instant, prévoyant le recrutement de 30 patients. L’analyse des résultats de cette première phase déterminera la poursuite du projet et son extension vers un nombre plus important de patients.

Notre fils est allergique aux fruits à coque et à l’arachide.

C’est son médecin allergologue, qui, constatant l’allergie, nous a conseillé de nous adresser à un spécialiste du service immuno-allergologie du CHL. Les tests sanguins et cutanés, qui ont été faits à l’hôpital, ont confirmé l’allergie, à un degré très élevé. Ils ont aussi confirmé, au fil du temps, que l’allergie à certains fruits à coque avait disparu, ne laissant place qu’aux arachides. Il nous a alors été proposé de faire participer notre garçon à un projet de recherche en immunothérapie, avec l’objectif d’augmenter son seuil de tolérance à l’arachide. On partait de vraiment très loin, parce que son cas était défini comme « critique » : je me souviens par exemple que lors d’un mariage, il avait réagi physiquement à des cacahouètes qui trainaient sur une table, sans même en avoir mangé !

Avec l’immunothérapie, nous avons commencé à lui donner quotidiennement des doses infimes de cacahouètes, augmentées peu à peu afin d’habituer son corps. Mon mari et moi avons été très bien informés et formés à tout ce qui pourrait se passer dans le cadre de l’étude. Il était notamment très important de bien surveiller toutes les réactions physiques que notre fils pouvait avoir, des maux de ventre à l’apparition de plaques par exemple, pour être sûrs d’adapter les doses si nécessaire. Nous avons démarré le projet en novembre 2015. Cela n'a pas été toujours simple, et nous avons eu quelques frayeurs, notamment lorsque notre petit a réagi trop fort à l'augmentation des doses. Mais, à force de patience et de volonté, grâce au soutien du Dr Morel et de son équipe, nous avons été tout content, le 1er août 2017, d'annoncer à notre médecin spécialiste que notre fils pouvait ingérer jusqu’à 6 cacahouètes par jour !! L’objectif serait d’arriver jusqu’à 16, il reste encore du chemin mais nous sommes sur la bonne voie !

La participation à ce projet, malgré les difficultés et les contraintes qu’elle a pu engendrer parfois, est très importante pour nous. Même si l’on parle de plus en plus des allergies alimentaires dans la presse et si le grand public est un peu plus sensibilisé, ce sont des maladies qui sont mal connues, et auquel les gens ne sont pas du tout attentifs s’ils n’y sont pas confrontés pour des raisons personnelles. Pour notre fils, c’est le quotidien qui change de manière radicale, si d’une allergie extrême à la cacahouète, il arrive à en manger plus d’une dizaine par jour. Il n’est plus obligé de surveiller son alimentation de manière aussi drastique, il peut plus facilement manger à la cantine, être invité chez des amis, goûter un gâteau d’anniversaire. C’est une autre vie.»

L'allergie est une réaction inflammatoire de l'organisme lors d’un contact avec une substance étrangère (allergène). Le risque majeur est un choc anaphylactique (une réaction allergique sévère, démesurée) qui représente un risque pour la vie.

Immunothérapie orale contre l’allergie à l’arachide et aux fruits à coque

L'allergie à l'arachide et aux fruits à coques occupe une place particulière dans les allergies alimentaires en raison de sa gravité, de sa fréquence, et du faible taux de guérison naturelle. Les sujets allergiques à l'arachide ou aux fruits à coque sont à risque de choc anaphylactique (réaction allergique sévère, susceptible d’entraîner le décès de la personne). Il est toutefois difficile d’éviter ces allergènes du fait de leur présence masquée dans de nombreux aliments préparés.

L’objectif principal de cette étude est d’évaluer la durée nécessaire pour qu’une immunothérapie orale permette une guérison durable de sujets allergiques à l’arachide et/ou aux fruits à coques. L’idée est de désensibiliser progressivement le patient en habituant son corps à la présence de l’allergène, par l’ingestion de doses infimes puis croissantes. Une visite de contrôle est organisée tous les 3 mois. Plusieurs tests de provocation orale (ingestion d’une dose plus forte) seront réalisés en milieu hospitalier avec un suivi médical tous les 6 mois La durée du suivi est de 5 ans minimum.


Sensibilité des basophiles (cellules sanguines) pour le diagnostic de l’allergie l’alpha-Gal

L’allergie alpha-Gal est une allergie aux viandes rouges et aux abats de mammifères qui se manifeste plusieurs heures après leur ingestion. Son diagnostic se base sur des tests cutanés et des tests de provocation orale (TPO) avec de la viande rouge /abats. Pour confirmer le diagnostic, on peut recourir à des tests supplémentaires utilisant des substances allergisantes pour activer des cellules sanguines (basophiles) et mesurer la libération d’agents inflammatoires par ces cellules. La mise en œuvre lourde de ces tests implique qu’ils ne sont actuellement pas réalisés dans le cadre d’un suivi standard des patients. L’objectif de cette étude est de valider l’acuité de ces tests pour un diagnostic d’allergie. Les participants à cette étude fourniront un échantillon de sang, qui sera utilisé en laboratoire dans le cadre de la mise au point des tests d’activation des basophiles.


Evaluation de la sensibilisation aux protéines de pois chez les patients allergiques aux légumineuses et/ ou arachides

Les légumineuses telles que l’arachide, soja, pois, lentilles, pois chiches et lupin font partie des cinq classes de nourriture majoritairement responsables des réactions allergiques.

Le but de cette étude est d’évaluer le risque allergique d’une protéine de pois commerciale extraite du pois sec et utilisée comme ingrédient dans les viandes reconstituées. Un premier test de provocation orale (ingestion de viande avec protéine de pois) sera réalisé le premier jour sous surveillance. Un second test sera réalisé sans que le participant ni le médecin ne sache si la viande ingérée contient des protéines de pois ou non. Un prélèvement sanguin sera réalisé les 2 jours. Une vingtaine de patients seront intégrés à cette étude.


Application de l’immunologie des systèmes à la recherche de marqueurs personnalisés d’efficacité clinique

Les allergies engendrent une réaction du système immunitaire qui a comme propriété de protéger le corps humain contre toute agression. Les mécanismes de dérégulations du système immunitaire dans le cadre des allergies sont encore peu compris.

Le but de cette étude est de mieux comprendre pourquoi certaines personnes sont allergiques, et par quels mécanismes l’immunothérapie peut induire la tolérance à certains allergènes. Une quinzaine de patients allergiques au venin d’insecte ou au pollen seront recrutés. Des échantillons de sang et de selles seront prélevés pour des analyses en laboratoire. Les analyses auront pour but d’identifier de nouveaux facteurs associés à l’allergie. L’hyperactivation des cellules observées chez les patients allergiques et le microbiome intestinal (ensemble de bactéries présentes dans l’intestin) seront étudiés.