Le mot « cancer » est générique. Il recouvre plus de 200 types de maladies, différentes dans leur origine, leur développement et leur traitement, selon les cellules dans lesquelles elles sont apparues. Le cancer, au Luxembourg, est la deuxième cause de mortalité chez les femmes, la première chez les hommes. Lutter contre le cancer, c’est bien entendu prévenir et traiter la maladie, mais c’est aussi chercher de nouveaux traitements, plus efficaces, qui permettront de guérir un plus grand nombre de personnes en leur offrant une meilleure qualité de vie. Au Luxembourg, le Plan Cancer national, élaboré sous l’égide du Ministère de la Santé, cherche à fédérer l’ensemble des acteurs dont le CHL, autour de grands objectifs à atteindre.

Le CHL s’est traditionnellement impliqué dans la recherche sur le cancer, par l’engagement de plusieurs de ses médecins, non seulement spécialisés en cancérologie mais aussi dans d’autres disciplines, comme la pneumologie, la neurochirurgie, ou l’ORL. Comme pour le traitement et le suivi clinique du cancer, la recherche est souvent multidisciplinaire, impliquant plusieurs spécialités médicales et des approches différentes d’un même problème. A ce jour, les médecins du CHL participent :

  • à des projets de recherche fondamentale, par leur contribution à des collections d’échantillons de tumeurs cancéreuses, ou par leur participation aux travaux de recherche fondamentale menés au sein d’institutions partenaires comme le LIH ou le LCSB,
  • à des projets de recherche clinique, donc concernant des médicaments et des traitements expérimentaux. 
     

Cancer du poumon

Projet LCS – collection d’échantillons et recherche de biomarqueurs

Des médecins pneumologues et oncologues du CHL ont participé à une étude sur la recherche de biomarqueurs du cancer du poumon, en collaboration avec le LIH et l’IBBL. Partant du constat que le cancer du poumon est la cause principale de mortalité dans les pays industrialisés et actant de la difficulté à élaborer un traitement concluant et efficace contre cette maladie, les chercheurs luxembourgeois ont cherché à identifier de nouveaux marqueurs, permettant une identification plus rapide de la maladie, ou une meilleure prédiction de la réaction des patients aux traitements de chimiothérapie. 

Les échantillons de salive, de sang, ou de tissu prélevés chez les patients ayant accepté de participer à la recherche ont permis aux chercheurs de mesurer les protéines présentes dans les fluides corporels, grâce à des techniques spectométriques très avancées. Ce travail a ainsi permis la découverte de 17 protéines potentiellement biomarqueuses du cancer dans le plasma1.

 

Cancer du sein

Projet 3B, Biobanking of blood, breast tissue and tumour in Luxembourg: a pilot study - collection d’échantillons

Le Dr Caroline Duhem, oncologue du CHL, est à l’origine de la mise en œuvre d’une collection pilote d’échantillons de cancers du sein (prélèvements sanguins ou prélèvements de tumeur). A partir d’analyses complexes des échantillons recueillis sur des patientes volontaires pour participer à l’étude, la recherche fondamentale peut mieux déterminer les causes sous-jacentes du développement du cancer du sein dans une population donnée. Une meilleure identification des causes permet aussi le développement de nouveaux traitements expérimentaux. Il s’agit pour l’instant d’un projet pilote, incluant un nombre limité de patients. Le Dr Duhem souhaite en effet vérifier la possibilité de développer une telle collection et l’intérêt qu’elle pouvait susciter pour les patients et les instituts de recherche. Le projet est mené avec l’IBBL qui stocke les échantillons et est garant de leur bonne conservation.

 

Cancer du cerveau

Projet capacités d’adaptation des tumeurs cérébrales, collection d’échantillons

Neurochirurgien au CHL, le Prof. Frank Hertel participe depuis plusieurs années à l’étude ADAPT (Adaptive Capacities in Brain Tumors), menée en collaboration avec le laboratoire NORLUX du LIH. Le projet a pour but de comprendre la manière dont se développent des tumeurs cérébrales pour élaborer de meilleurs traitements et de nouveaux tests de diagnostic. Le Dr Hertel propose aux patients intéressés de conserver un échantillon de la tumeur enlevée lors de l’intervention chirurgicale qu’ils ont subie. Cet échantillon est ensuite analysé puis stocké dans les laboratoires de l’IBBL. Depuis le début de l’étude, plus de 250 échantillons ont été recueillis, apportant aux chercheurs un matériel conséquent leur permettant analyse, comparaison et réflexion sur l’évolution des tumeurs cérébrales.

Cancer de la gorge et du larynx

De nouvelles techniques pour opérer les patients

La chirurgie robotique existe depuis de nombreuses années, et offre aux chirurgiens qui l’utilisent quotidiennement une très grande précision dans les gestes au cours des interventions. La recherche contribue au perfectionnement des robots chirurgicaux, en apportant toujours de nouvelles solutions et propositions : ainsi, les ORL du CHL autour du Prof. Marc Remacle, porteur du projet, ont eu l’opportunité de participer au développement d’un nouveau système robotique, plus flexible, permettant d’apporter les instruments d’intervention et les caméras au plus près de la zone à opérer. La flexibilité du système autorise des prises de vue sous tous les angles, facilitant l’opération et garantissant la plus grande précision.

 

Cancer du sang

Projet : traitement expérimental  

En collaboration avec la fondation Hovon, le Dr Laurent Plawny, hématologue au CHL, participe à une étude clinique, visant à déterminer l’efficacité et la tolérance d’un médicament expérimental, donné en même temps que trois autres classiquement utilisés dans le traitement d’un myélome multiple. Comme pour toutes les études cliniques menées au CHL, les patients acceptant de participer reçoivent toutes les informations nécessaires et peuvent décider de se retirer du projet à tout moment. Au total, 1080 patients doivent participer à cette étude, en France, Belgique, aux Pays Bas et au Luxembourg. 

Je suis patient du CHL, j'ai un cancer des poumons, identifié il y a cinq ans.

La forme de ce cancer est paraît-il très rare, seulement 2% de la population en est affectée. Il a d'ailleurs fallu plusieurs mois avant qu'un cancérologue ne fasse le bon diagnostic. Je suis venu au CHL sur les recommandations d'une amie, après avoir consulté mon pneumologue, qui ne savait pas trop comment traiter ma maladie. 

Dans les premiers mois, nous avons essayé la chimiothérapie mais les résultats n'étaient pas concluants. Mon cancérologue m'a proposé alors de rentrer dans un protocole d'études, c'est-à-dire de prendre un médicament encore en phase de « test », non encore commercialisé. Les effets secondaires étaient très forts, j'avais des maux d'estomac, j'étais très fatigué, et le traitement a cessé d’agir après plusieurs cycles.  Au bout d'une année, mon médecin m'a proposé un autre traitement, toujours en phase « test ». 

Je le suis depuis trois ans et demi, les effets négatifs sont moins importants, même s'il y a en bien sûr toujours un peu, et ça fonctionne bien. Je mène une vie « normale », je fais du sport, de la course à pied et du vélo, je vais plutôt bien, il paraît même que la maladie régresse. C'est bien sûr contraignant, je dois prendre 8 cachets par jour, qui me sont fournis directement par le CHL, toutes les 4 semaines. Toutes les 6 semaines, je fais un IRM et un body scan, examens prévus dans le protocole, et mon médecin surveille de très près les évolutions de la maladie. Il m'a dit dernièrement qu'il n'aurait jamais imaginé que je puisse aller aussi bien, qu'il n'en espérait pas tant et que si j'étais venu le voir il y a 6 ans, il n'aurait rien pu faire pour moi. Je me souviens d'ailleurs que l'une des premières fois où je l'ai vu, il m'a souhaité « bonne chance ». 

Pour moi, entrer dans un protocole de recherche, c'était un peu une dernière chance. Quand on est dans ma situation, quand la maladie vous touche, on met du temps à comprendre, à accepter. Puis on se raccroche à toutes les possibilités pour aller mieux. J'ai même regardé quels traitements existaient dans d'autres pays, mais pour l'instant, je ne vois pas la nécessité d'aller essayer autre chose. Le traitement que je suis, c'est pour la vie, en tout cas, aussi longtemps qu'il porte des résultats et que le laboratoire en dispose. 

Au Luxembourg, je sais qu'il y a une autre personne qui a la même maladie que moi et qui suit le même traitement. Je ne la connais pas. 

Ce matin, j'ai couru, j'ai fait 7 kilomètres.»