La recherche autour du diabète

On estime à 5% la proportion des personnes diabétiques au Luxembourg. Elles sont principalement atteintes de diabète de type 1, caractérisé par un manque d’insuline dans le sang, ou de diabète de type 2 qui correspond à une mauvaise utilisation de l’insuline par l’organisme. Les médecins du service d’endocrinologie pédiatrique du CHL, autour du Dr Carine de Beaufort, se consacrent depuis de nombreuses années non seulement au suivi et à la prise en charge des enfants et adolescents diabétiques, mais aussi à la recherche sur le diabète, pour mieux en comprendre ses causes, mieux le contrôler et peut être un jour mieux le guérir. L’équipe explore ainsi 3 directions de recherche :

  • L’amélioration du traitement, par une évaluation constante de ce qui est fait pour les enfants diabétiques au Luxembourg.
  • L’amélioration des technologies de traitement, par exemple en travaillant sur le développement d’un pancréas artificiel, sur les pompes à insuline ou des senseurs (capteurs).
  • La compréhension des causes du diabète.

Comprendre la maladie: Une étude du role du microbiome

  • Projet MUST - Diabete Multiplex Family Study

En 2016, les premiers résultats du projet MUST (Diabete Multiplex Family Study), mené depuis 2011 en collaboration avec l’IBBL et le LCSB ont été publiés. Le projet cherchait à mieux comprendre le rôle du microbiome en analysant les selles de tous les membres de familles dont au moins deux, de génération différente, avaient un diabète de type 1.

Deux points de ce travail ont été particulièrement reconnus par la communauté des chercheurs : en premier lieu la méthodologie, c’est-à-dire la manière dont ont été analysées les selles : elles ont été immédiatement congelées à -180 ou -80°C, ce qui a limité soit la perte de micro-organismes présents dans les selles au contact de l’air, soit prévenu l’apparition de micro-organismes exogènes. L’équipe a ensuite non seulement pu analyser les bactéries et leur type mais aussi leur fonction. Cette analyse, le deuxième point important de ce travail, a permis de constater une diminution des enzymes sécrétées normalement par le pancréas exocrine chez les personnes atteintes de diabète. Elle a aussi permis de réaliser que la fonction des bactéries (et pas seulement le type, ie « taxa ») était différente selon les personnes de la famille avec un diabète. C’est une évolution dans la compréhension de la maladie, une nouvelle piste à explorer pour mieux diagnostiquer et traiter les malades. 


Evaluer la prise en charge existante: Une vision européenne de la prise en charge du diabète

  • Projet SWEET – Better control in pediatric and adolescent diabetes

Le projet SWEET, démarré sur fonds propres d’associations européennes sur le diabète en 2008, puis financé par la Commission Européenne à partir de 2010 avait pour but d’évaluer la prise en charge des enfants atteints de diabète en Europe et d’améliorer la qualité et la coordination des soins. Le service d’endocrinologie pédiatrique du CHL s’est inscrit dans ce projet et ses médecins ont proposé aux parents et aux enfants atteints de diabète et suivis au CHL de participer. En donnant leur accord, ils autorisaient le recueil et la compilation de certaines des données médicales de leur enfant, comme l’histoire de sa maladie, ses antécédents, l’évolution de son équilibre métabolique ainsi que la nature de son traitement. Plus de 300 parents/enfants ont accepté de participer et les informations qu’ils ont communiquées ont rejoint celles des quelques 16.000 patients inclus dans le registre européen, devenu international depuis 2 ans. 
L’analyse de ces données a permis une meilleure compréhension des différentes formes de prises en charge du diabète en Europe, et l’élaboration de recommandations, présentées aux autorités politiques européennes par le comité directeur du projet, dont fait partie le Dr Michael Witsch, du CHL, pour une amélioration de la qualité des soins et de la prise en charge. Dans le cadre de ce projet, le service national d’endocrinologie pédiatrique du CHL, a été reconnu « centre de référence européen en diabétologie pédiatrique » dans le traitement du diabète infantile, une reconnaissance de la qualité des soins offerts et de l’implication sans faille de ses médecins et de l’équipe multidisciplinaire.


Pour travailler à des améliorations: Utiliser de nouvelles technologies pour maîtriser le diabète

  • Projet SPIDIMAN, adolescence and diabetes

Le CHL est membre du consortium « spidiman », projet européen financé par la Commission Européenne dans le cadre de son programme de recherche FP7 (Framework Program 7) et coordonné par les hôpitaux universitaires de Cambridge. Pour ce projet, le Dr Ulrike Schierloh, le Dr de Beaufort et leur équipe ont proposé à leurs jeunes patients diabétiques de vérifier si leur contrôle glycémique s’améliore avec l’utilisation d’un ordinateur muni d’un logiciel spécial, dirigeant l’administration de l’insuline (via la pompe à insuline) en temps réel, basé sur des mesures de glucose en continu. L’équipe évaluera aussi si le sommeil des enfants est influencé par le traitement. Les premières analyses des résultats sont attendues d’ici la fin de l’année 2017.

Je suis diabétique de type 1, diagnostiqué depuis l’âge de 6 mois.

Le diabète, cela signifie que mon pancréas ne fabrique plus d’insuline, une hormone qui permet l’absorption du glucose dans le sang. Pour parer à ce manque, les diabétiques doivent s’injecter l’insuline, en fonction de leur taux de glycémie. Pendant longtemps, les injections se faisaient avec des piqûres. C’était le cas de mon frère, par exemple, qui a 8 ans de plus que moi. J’ai eu la chance de pouvoir utiliser une pompe, qui diffuse, régulièrement et automatiquement, de l’insuline dans mon sang.

En plus de ces injections régulières faites par la pompe, je dois mesurer mon taux de glycémie à plusieurs reprises dans une journée, pour voir si je dois m’injecter de l’insuline ou non. Cette mesure se fait normalement avec une sorte de stylet qui permet de piquer le bout du doigt et de mesurer le taux de glycémie dans la goutte de sang qui sort de la piqûre. C’est assez contraignant, surtout quand je suis à l’école. Je suis, du coup, très intéressée par les résultats de la recherche à laquelle je participe pour l’instant.

C’est une recherche sur des senseurs, qui se placent sur les bras, et qui mesurent, en continu, mon taux de glycémie. Mon médecin au CHL est en train d’étudier deux types de senseurs : les premiers, qui sont reliés directement à la pompe à insuline et qui peuvent soit directement arrêter les injonctions d’insuline quand mon taux de glycémie est trop bas, soit m’alerter quand il est trop haut, pour que j’active moi-même la pompe. Les seconds mesurent simplement le taux de glycémie et ne sont pas reliés à la pompe. En passant une sorte de lecteur devant le senseur, j’ai la mesure de glycémie et je sais si je dois agir ou non.

Je teste pour l’instant les premiers senseurs. Ils sont intéressants, mais peut-être un peu trop « automatiques » - ils mesurent et activent la pompe ou m’alertent en continu, même la nuit, ce qui me réveille parfois. Et chaque fois que je désactive la pompe du senseur, si je vais faire du sport par exemple, je dois resynchroniser l’ensemble, en utilisant la méthode classique de piqûre au bout du doigt.  Je vais voir si les autres senseurs me conviennent mieux. L’intérêt scientifique et technologique de la recherche ne fait pas de doute, bien sûr, et mon médecin m’a aussi dit que si on arrive à prouver que notre qualité de vie de diabétiques s’améliore avec les capteurs, on pourrait demander leur remboursement aux caisses de maladie. C’est important pour moi de participer à cette recherche, de contribuer à l’amélioration de mon suivi, du suivi des autres patients, de notre qualité de vie à tous.»

Evolution de la flore intestinale de la naissance à la petite enfance

Les troubles métaboliques affectent les comportements qui permettent aux cellules de se nourrir et de produire de l'énergie. L'un des troubles métabolique les plus connus est le diabète où le glucose (sucre) n’est pas absorbé/stocké correctement. Les enfants naissant avec un poids faible sont plus à risque de développer un diabète au cours de leur vie. Pour mieux comprendre le développement du diabète, cette étude cherche à identifier s'il existe des différences de flore intestinale (bactéries naturellement présentes dans les intestins) entre des nouveaux nés avec un faible poids et des nouveaux nés avec un poids standard. Elle vise par ailleurs à étudier l'impact de cette flore sur l'absorption et l'utilisation de l'énergie par le corps humain. Des échantillons (sang, selles, ...) seront prélevés sur 120 nouveaux nés et leur mère pendant une période de 5 ans. Les prédispositions génétiques au diabète seront aussi étudiées.


Etude du microbiome chez des patients avec un diabète de type 1

Il existerait une relation entre le microbiome (ensemble des bactéries présentes naturellement dans le tract intestinal) et  l’apparition de diabète de type 1. Certaines de ces bactéries sont communes et d’autres existent uniquement chez un nombre limité de personnes. Certaines bactéries protègent des maladies, d’autres en provoquent. Chez les enfants avec un diabète de type 1, il y aurait moins de bactéries et celles-ci seraient moins variées.

Le but de l’étude est de confirmer et de comprendre en quoi diffèrent les microbiomes des patients avec diabète type 1 et ceux des personnes non malades. L’étude consiste simplement à donner un prélèvement de selles.


Amélioration de l'équilibre glycémique chez les patients présentant un diabète de type 1

Le diabète de type 1 se caractérise par un défaut de production d'insuline, hormone essentielle à l'absorption du sucre sans lequel le corps ne peut survivre. Les patients affectés par ce diabète dépendent donc d’injections quotidiennes ou de pompes à insuline.

Le but de cette étude est d'évaluer une pompe à insuline qui mesure en continu le taux de sucre dans le sang (glycémie) et peut automatiser la délivrance de l'insuline en fonction des informations reçues. Le système pourrait aider de nombreux patients à éviter des élévations ou des chutes de leur glycémie dont ils n'auraient pas conscience.

Pour cette étude mise en œuvre dans plusieurs pays, 15 patients âgés de 6 à 12 ans avec un diabète de type 1, ainsi que leurs parents, seront invités à tester cette pompe au cours d'un séjour à l'hôpital et à la maison. Un second séjour avec un système classique mesurant uniquement la glycémie servira de comparatif.


Amélioration de l'équilibre glycémique chez les patients présentant un diabète de type 1

Cette étude est similaire à a précédente. Elle impliquera une quinzaine de patients âgés de plus de 12 ans à qui l’on proposera une utilisation et un suivi à domicile. L’impact du système sur la qualité de vie des jeunes patients sera évaluée


Evaluation de 2 systèmes de surveillance de la glycémie et leur impact sur la qualité de sommeil et de vie des enfants avec un diabète de type 1 et leurs parents

Chez l’enfant atteint d’un diabète de type 1, la qualité de vie et le sommeil peuvent être significativement altérés si la glycémie n’est pas contrôlée et gérée au quotidien. L’équilibre glycémique peut parfois être difficile à trouver.

Le  but de cette étude est d’évaluer l’impact de 2 systèmes de surveillance continue de la glycémie sur la qualité de vie et le sommeil des enfants avec un diabète de type 1 et leurs parents. Environ 40 patients seront recrutés qui consistera à tester les 2 systèmes de surveillance pendant 15 semaines (4 semaines chacun). Un moniteur de sommeil (sous forme de montre) devra être porté et un journal devra être tenu au quotidien par l’enfant et les parents. Au cours des 5 rendez-vous prévus, un contrôle glycémique et des questionnaires seront réalisés.


Une nouvelle approche pour améliorer la compréhension du diabète de type 1

Dans le diabète de type 1, les membres de la famille du patient partagent certains gènes qui peuvent les prédisposer à développer la maladie. Cette prédisposition peut être mesurée par la détection de l’augmentation des anticorps dans le sang (protéines produites par le système immunitaire qui attaquent les cellules du corps).

Le but de cette étude est de collecter des échantillons biologiques de patients récemment diagnostiqués et de leur entourage (mère, père, frères ou sœurs) pour identifier des marqueurs de la maladie et évaluer de nouvelles thérapies. Des prélèvements de sang pour tester gènes et anticorps, d’urine et de selles seront recueillis sur plus 3000 participants dans plusieurs pays européens. Les antécédents familiaux seront demandés et des questionnaires seront réalisés. Les patients seront suivis sur 2 ans après le diagnostic. Les membres de leur famille pourront, selon le nombre d’anticorps détectés dans leur sang répondre à un questionnaire annuel ou seront invités à une visite annuelle avec examens médicaux.


Effet de l’activité physique sur l’équilibre glycémique chez des patients avec un diabète de type 1

Dans le diabète de type 1, l’activité physique est un facteur majeur de déséquilibre glycémique (taux de sucre dans le sang anormal) qui s’accompagne d’un risque de forte augmentation ou de forte baisse de la glycémie. La peur de cette modification est un facteur limitant de la pratique sportive chez les patients avec un diabète de type 1. Il importe donc de pouvoir les conseiller efficacement.

L’objectif principal de l’étude est de montrer qu’une activité physique encadrée ne menace pas l’équilibre glycémique. Pour démontrer ce point, chaque participant portera un appareil mesurant en continu le taux de sucre dans le sang pendant 3 périodes d’une semaine : une semaine d’activité normale, une semaine de repos et une semaine avec des activités physiques imposées. Au total, plus de 20 centres en France, Belgique et à Luxembourg recruteront 100 participants.


Effet d'une molécule sur les risques vasculaires encourus par les patients soignés pour un diabète de type 2

Le diabète de type 2 est la conséquence d'un problème d'absorption et de stockage du sucre par les cellules. Les cellules ne répondent plus à l'insuline, hormone naturellement secrétée par le corps humain indiquant à la cellule de stocker le sucre. Le sucre reste alors dans le sang, provoquant des complications à long terme.

Le but de cette étude est d'évaluer les effets d'un médicament (canagliflozine) sur les risques cardiovasculaires, rénaux et circulatoires chez les patients avec un diabète de type 2. Cette étude européenne recrute 4500 patients (dont une dizaine à Luxembourg). Soit le médicament, soit un placebo (comprimé ne contenant que du sucre) seront distribués à deux groupes de patients distincts. Ni le patient, ni l'équipe réalisant l'étude ne connaitront le contenu du comprimé reçu. Le suivi inclut 40 visites sur 8 ans. Des données telles que la tension artérielle, le poids et les résultats des analyses d'urine et de sang seront récoltées.